
Résumé : Le Dr Taguchi, qui n’a aucun goût pour le carriérisme mais cultive celui « des choses éphémères », apprécie sa paisible routine au sein du « cabinet des grognons ». Flanqué de l’influente infirmière Fujiwara, il passe ses journées à écouter ses patients âgés lui raconter leurs petits soucis et à siroter du café. Cette quiétude vole en éclats lorsque le directeur de l’hôpital lui demande de mener une discrète enquête sur la Team Batista. Dirigée par le brillant Dr Kiryū, une sommité de la chirurgie cardiaque, elle est composée de ceux que l’on appelle les « Sept Glorieux ». L’équipe a jusque-là aligné les succès, mais trois décès inexpliqués et successifs en pleine opération ternissent sa réputation. L’affaire tombe on ne peut plus mal au moment où les médias se passionnent pour le nouveau patient de Kiryū : un jeune guérillero africain. Taguchi est perplexe. Pourquoi le directeur l’a-t-il choisi pour une mission qui le dépasse complètement ? Et en quoi l’aide inopinée d’un fantasque fonctionnaire du ministère de la Santé, surnommé le Monstre de logique, peut-elle être considérée comme une bonne nouvelle ?
La Team Batista est un roman écrit par Takeru Kaidō et traduit du japonais par Mai Beck et Dominique Sylvain. Initialement publié en 2006 au Japon, il est publié dans la maison d’édition française Atelier Akatombo en 2021.
Disclaimer : il n’y en a pas j’ai la flemme, si vous en voulez un allez sur la chronique 135 ou les 134 autres et choisissez celui qui vous plait le plus. Et pour trouver le livre, c’est partout dans les bonnes librairies.
Initialement découvert lors d’un VLEEL dirigé par le renard des internets (j’ai nommé @serial_lecteur_nyctalope sur l’internet instagrammable), j’ai longtemps attendu avant de mettre mes pattes lectrices sur ce bouquin. Par manque de temps, par manque d’envie (de lire de manière globale, j’entends). Mais quand vient Noël et ses flocons, un gentil petit lutin l’a glissé sous mon sapin (merci mon frère ce bg si tu passes par là). Nous voici donc flanqué d’un 101ème livre à lire, déposé rapidement sur une PAL branlante et poussiéreuse. Cependant, la couverture est brillante, le jaune attire l’œil, et il est vrai que j’ai un penchant pour la médecine contée (déformation professionnelle sans doute). Voilà donc que j’entame l’histoire de cette fameuse Team Batista, les supers héros de la plastie cardiaque sur cardiomyopathie hypertrophique, une maladie assez rare mais que vous connaissez, notamment de par les malheureux footballers qui en décèdent au détour d’un coup de pied (oui j’ai fait rimer la mort avec pied, pardon).
« J’ai enfin compris pourquoi je m’ennuyais en bloc opératoire lorsque j’étais étudiant : être obligé d’observer de médiocres interventions m’était pénible. Mon intérêt pour la technique de Kiryū a levé un voile sur mon passé. L’authenticité a une force irrésistible. »
Cessons un peu nos fabulations et intéressons nous au vif du sujet. La Team Batista, c’est avant tout une enquête interne sur une équipe de chirurgie ultra précise, mais dont trois mystérieux échecs tendent à inquiéter les esprits des hauts placés. Ces fameux hauts placés, d’ailleurs, qui confient donc cette enquête à notre gentil Docteur Taguchi, qui n’avait rien demandé. Neurologue de formation, il avoue lui-même être un inconnu du bloc, dont il garde des souvenirs très lointains et fort peu agréables. Divisé en deux parties, ce polar médical se lit vite, mais garde ce style doux et poétique de la littérature japonaise (dont je vous avais déjà parlé lorsque j’avais fait une chronique sur La Ballade de l’Impossible d’Haruki Murakami).
Sous fond de critique à peine cachée du système médical japonais, Takeru Kaidō nous emmène avec lui dans une analyse profonde de la psychologie humaine, guidé par les réflexions de Taguchi, puis dans un second temps par les interactions de ce dernier avec Shiratori, le Monstre de logique mandaté par le Ministère de la Santé pour aider notre neurologue à démêler le vrai du faux. Leur dynamique est assez particulière avec un Taguchi passif et qui se laisse diriger, et un Shiratori vultueux à l’énergie infinie et dont le comportement peut paraitre parfois (souvent) déplacé. L’attitude d’écoute du Docteur Taguchi n’est pas une tare sinon une qualité ; il passe d’ailleurs sa journée à écouter, notamment dans son « cabinet des grognons ». J’ai particulièrement apprécié ce cabinet, qui tend à rappeler que les interactions entre le corps médical et les patients se doivent de rester fondamentalement humaines. L’humanité comme aide à la guérison, la considération et l’empathie comme piliers fondamentaux d’une médecine basée sur la personne. (bon là c’est moi qui déblatère sur les défauts de la médecine actuelle, ne faîtes pas attention).
« Je n’ai fait qu’écouter ce que ce patient avait à dire. Y compris ses silences. Si vous écoutez vraiment les gens, vous pouvez résoudre les problèmes. Et, pour vraiment écouter, il faut se taire. C’est tout ce qui importe. Toutefois, c’est plus difficile à pratiquer que ce qu’on imagine ».
Si le côté psychologique ressort énormément dans ce livre, il n’en reste pas moins une intrigue policière dont l’auteur ne souhaite dévoiler la moindre miette d’un semblant d’indice sur la raison de ces décès per-opératoires. Ballottée entre les réflexions de Taguchi, les « scènes de crime » et les éclats de Shiratori, je n’ai pas pu deviner (au grand damn de mon âme d’enquêtrice) les tenants et les aboutissants de cette histoire. C’est ce qui en fait, pour moi, une fin réussie, et une lecture qui change par rapport à mes trouvailles habituelles !
À lire ou pas ? Férus de polar ou de romans japonais, ce livre est fait pour vous. Attention cependant au personnage de Shiratori qui pourrait agacer rapidement, je pense, les moins patients d’entre nous.
4/5 est ma note pour ce livre.
Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, j’espère qu’elle vous aura plu. Connaissiez-vous déjà ce livre, ou les éditions Akatombo ? N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire, et comme d’habitude,
Bouquinement vôtre, Jade