
Résumé : Malaya, huit ans, soixante-seize kilos. Sa mère s’obstine à la traîner chaque semaine à des réunions Weight Watchers qu’elle déteste. Partout, son corps hors norme est montré du doigt et considéré comme un problème. À la maison, les femmes de sa famille lui font subir une pression étouffante. Sur les bancs de son école pour riches Blancs de l’Upper East Side ou dans le Harlem tumultueux des années 1990, Malaya Clondon doit supporter les discriminations physiques et sociales. La petite fille grandit au rythme du hip-hop sans parvenir à satisfaire la faim qui la tenaille. Il lui faut apprendre à nommer ses désirs et à défier les injonctions de la féminité qui n’a pas été pensée pour elle. Big Girl est le roman de sa victoire.
Big Girl est un roman écrit par Mecca Jamilah Sullivan et publié en août 2023 chez les éditions Plon.
Disclaimer : TW TCA, chronique qui va parler de nourriture et de troubles des conduites alimentaires donc si ça vous trigger je vous invite à ne pas la lire. Pour le reste, vous pouvez vous procurer le livre dans toutes les bonnes librairies !
Malaya est une jeune fille afro-américaine qui a la particularité d’être obèse. Ou atteinte « d’obésité morbide », comme le disent tous les médecins chez qui on l’envoie. Elle est une big girl, comme sa mère et sa grand-mère avant elle ; et la société ne lui renvoie que son image de grosse. Elle marche de régimes en régimes, aux réunions WW où si jeune, elle détonne. Malaya n’a pas son mot à dire sur toutes ces étiquettes qu’on lui colle. Pourtant, elle est bien plus que son poids ; elle est une enfant aimée, avec un grand talent pour le dessin ; elle est réfléchie et attentionnée. Alors pourquoi les gens persistent à la voir comme une bête de foire ?
» Tu veux savoir ce qu’il faut faire quand quelque chose te fait du mal ? {…} Quand quelque chose te fait mal, tu lui rends la douleur. «
Big Girl est un roman particulier qui pour moi ouvre la porte de secrets de placard, de grignotages nocturnes et de craving assourdissant. Il faut dire que la lecture a été un peu compliquée, car le début m’assaillait de nourritures plus appétissantes les unes que les autres. Et quand la faim appelle la faim… Mais c’est une sublime introspection de la vie de cette jeune fille et des pensées qui l’acculent en permanence. Malaya mange, pour combler, par faim, par envie, par craving, avec honte ou avec plaisir, la nuit, le jour, après les réunions WW en récompense de la torture des mensonges sur « moi j’adore les haricots verts » (j’abuse à peine, vous saisissez l’idée). On la découvre initialement comme ça, uniquement rattachée à la nourriture et à son poids, comme la société veut nous la faire voir. Une personne « malade ». Mais Malaya se développe, et on la suit de l’enfance à l’adolescence, tandis qu’elle se libère peu à peu de la chrysalide opulente d’une chenille pataude. J’ai adoré comment l’autrice l’a dépeinte, passant d’une Malaya passive et qui ne parle presque pas au début du livre, totalement neutre à son environnement, à une jeune femme plus extravertie et qui se lance dans la vie et qui, lorsqu’elle fait ce qu’elle aime (et notamment le dessin), devient autre chose que son poids. Et c’est fou car on a ce parallèle avec sa mère, Nyela, elle aussi en surcharge pondérale, qui à la maison n’est que régime à calories basses et qui lorsqu’elle endosse son rôle de Professeur devient une toute autre personne. Moi je trouve ça très beau.
Ce gros roman (mais vous voyez, en littérature, on aime bien les gros livres, comme quoi, tout dépend de la manière dont on interprète le gros) parle donc du cheminement de Malaya et de sa famille sur sa « condition » et qui cherche en un sens à dénoncer la stigmatisation et la grossophobie, et qui montre à qui fait l’aveugle que les personnes en situation d’obésité ne se résume pas qu’à un chiffre sur la balance ! Et comment, la stigmatisation est tout bonnement délétère et amène à l’apparition de TCA (pas que mais ça joue une part conséquente quand même), qui ne sont pas que l’adage des personnes en sous poids. À ça se rajoute une famille dysfonctionnelle qui sous le joug des injonctions sociétales se répète dans des schémas nocifs pour le développement d’un enfant ainsi que la gestion de la maladie (le père de Malaya est malade). Un bon programme en somme.
Tout cela faisait partie pour Nyela d’une guerre sans répit, d’une bataille pour ce que les dames des Réunions appelaient « les Bienfaits de la Santé » pour toute la famille. Pour ce que Malaya en savait, ce slogan vide servait juste à convaincre des femmes entre deux âges que la faim était une source de joie plus satisfaisante que la nourriture, de même que l’on faisait croire aux Noirs que le sacrifice de soi serait pour eux une source magique d’abondance.
Comment ne pas parler du côté ethnique du roman et de sa culture afro-américaine, avec une histoire qui se déroule dans le Harlem de la fin des années 80, avec son hip hop et sa sororité, ses baggy jeans et pulls EMCEE que Malaya adore. C’est une partie que j’ai adoré découvrir, et notamment le petit groupe de La Familia, moi qui ne suis pas du tout familière avec la culture afro-américaine. L’autrice nous raconte également la gentrification de ce quartier populaire avec ses enseignes noires qui se font remplacer par des grandes chaînes, et comment les habitants s’habituent malgré eux à cette nouvelle ère de leur lieu de vie.
Et à la fin, Malaya devient, après avoir croqué (elle fait du dessin si vous avez suivi) les femmes qui sont.
À lire ou pas ? Oui ! Parce que c’est un livre important, avec un sujet important. Tout simplement.
4/5 est ma note pour ce livre.
Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, j’espère qu’elle vous aura plu ! On parle de sujets effectivement un peu plus difficiles que d’habitude donc si vous ne vous sentez pas de la lire, ne la lisez pas (bon je suis en train de me dire que si vous en êtes à ce passage de la chronique c’est que vous l’avez forcément lue avant mdr). Avez-vous déjà lu ce roman ? N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire que nous puissions discuter 🙂 Et surtout,
Bouquinement vôtre, Jade