Chroniques·Roman

Chronique 149 TRS – Le délicieux Professeur V. par Julia May Jonas

Couverture du livre

Résumé : La situation est sans appel : elle est la femme du porc. Elle a toujours su que son mari avait des aventures avec des étudiantes et cela ne la gênait pas. C’était leur mode de fonctionnement. Mais voilà son époux cloué au pilori, menacé de perdre le prestige d’une carrière pour laquelle elle, sa brillante épouse – meilleure autrice, meilleur esprit, meilleure en tout -, avait accepté de se mettre en retrait. Qu’a-t-elle fait de toutes ces années ? Aurait-elle depuis toujours été dans l’erreur ? Est-ce l’époque qui va trop loin ? Est-elle complice d’un crime ou victime collatérale ? Surtout, ce qu’elle ne comprend pas, c’est l’attrait irrépressible des hommes de son âge pour les jeunes femmes. Alors qu’elle tente d’y voir clair, le délicieux professeur Vladimir débarque sur le campus…

Le délicieux Professeur V. est le premier roman de Julia May Jones. Il a été traduit de l’anglais par Emmanuelle Heurtebize et publié aux Éditions Dalva en septembre 2023.

Disclaimer : mon avis reste mon avis, si vous êtes pas d’accord c’est pareil (c’est mon blog globalement je fais ce que je veux uhu). Et si vous voulez vous faire votre propre avis de ce petit bouquin, n’hésitez pas à vous le procurer dans toutes les bonnes librairies (+- sur internet si vous avez une commande >35 euros à passer wink wink).

J’avais découvert les éditions Dalva à l’occasion d’un VLEEL (encore me direz-vous, mais oui ces conférences littéraires sont des perles de découverte de nouvelles maisons et de pépites littéraires) sans pour autant m’être procurée une de leurs œuvres. Alors, en me promenant un week-end dans une librairie indépendante du village de mon amoureux (monsieur chat sur les instagram), et que Le délicieux Professeur V. trônait paresseusement sur un étal coup de cœur du libraire, je me suis dis pourquoi pas me lancer. L’offre est alléchante, une professeure de la quasi soixantaine qui explore sa libido en fantasmant sur son collègue plus jeune tandis que son mari se retrouve la cible du #metoo (à juste titre). Un livre qui promet de la réflexion, une illustration de la vie de cette femme que l’on considère d’âge mur voir « dépassée » alors qu’il lui reste encore tant d’années à vivre et d’expériences à avoir (qu’elles soient littéraires que sexuelles).

Un professeur ne devrait jamais surestimer sa propre importance dans la vie de ses étudiants ; leurs amis et leurs amoureux auront toujours la primauté. On ne devrait jamais l’oublier. Qu’ils nous apprécient ou nous exècrent, nous ne sommes guère plus que des figures de second plan dans leur paysage émotionnel.

Il faut dire que pour pouvoir finir Le délicieux Professeur V., j’ai du pour ma part faire preuve d’une grande résilience. Qui m’a apporté tout un tas de réflexion très intéressante sur ma manière de lire et le genre de livre que j’aime bien. Pour la suite, vous comprendrez bien qu’il y a un peu de subjectif dans ce que je vais dire, mais je trouvais ça assez pertinent de vous en parler. Je me suis aperçue que je me rattachais beaucoup aux dialogues des personnages d’une manière générale, et dans ce livre il y en a peu. C’est très certainement voulu, puisqu’on assiste aux introspections de cette femme sur sa condition et la condition des autres. Alors, il y a cette femme qui pense, qui pense de nouveau et qui n’agit que très peu. Je dis cette femme, car je me rends compte au milieu du livre que j’ai oublié son prénom alors même que je viens de passer une centaine de pages à suivre ses pérégrinations littéraires, ses allusions sexuelles sur son jeune collègue et sa critique de la génération qui la suit. Je suis plus jeune (d’une trentaine d’années), et peut-être que pour moi, son opinion reflète l’opinion des autres femmes de cette tranche d’âge, que mon esprit a volontairement effacé son patronyme pour en faire un symbole de la femme d’âge mur. Une réflexion assez simpliste puisqu’il y a autant de femme que de vie.

En parcourant de nouveau les pages du livre, je me demande même si une fois son nom est mentionné ? Encore une fois, surement une volonté de l’auteure. Ce récit à la première personne retrace le parcours littéraire et amoureux de notre professeure, et nous connaissons le prénom de sa fille, de son mari, de ses amants tandis que je n’arrive pas à mettre le doigt sur son prénom. Enfin, passons. Elle en reste un personnage à part entière, complexe à mourir, dénonçant le moi-je pour en devenir la définition même tout au long de son récit. Elle est à la fois imbuvable et touchante, agaçante et tendre ; je dois dire que la construction de ce personnage est un véritable plaisir de littérature. Il y a bien sur évidemment la description de John, son mari, qui reste au second plan, mais dont les apparitions ne cessent de me faire hérisser le poil. Et en même temps je comprends la tendresse qu’éprouve notre protagoniste pour son mari, autant que la haine qu’il lui évoque, devant des années de cohabitation et surement des années d’amour auparavant.

Il trottait maintenant vers moi sur ses tendres pattes de chiot et j’ai songé que si je le prenais dans mes bras et lui disait que je m’en fichais qu’il soit un bon ou un mauvais cabot, qu’il était mon toutou, un point c’est tout, et que j’aimais sa petite gueule de clébard, il me gratifierait en retour d’une affection et d’une joie presque innocentes.

Les messages sont bien surs assez puissants, avec un féminisme qui s’affiche au départ timide, puis qui finit par se moquer de toutes les générations, qui se veulent ouvertes et tolérantes et qui finissent par rattacher la femme aux actions de son mari « c’est un porc, mais elle le savait ». Certains se pensent déconstruits mais reproduisent des schémas patriarcaux inconscients, qu’ils soient de la « jeune » génération ou de la « vieille », oubliant la sororité qu’ils prônent à longueur de journée. Ce livre, quand bien même la forme ne m’a pas forcément plu, est une apostille de la vie d’une femme, des femmes, et j’en ressors étonnamment délibérative. Intrigant donc, et qui vaut peut-être le coup d’être lu.

À lire ou pas ? Ce livre est une sorte de sociologie romancée qui peut être intéressant à appréhender pour de jeunes comme de mains plus âgées. Je me serais passée des pérégrinations incessantes de son personnage principal mais j’imagine que ça en fait toute sa complexité.

3/5 est ma note pour ce livre.

Et voilà, cette chronique est dès à présent terminée, j’espère qu’elle vous aura plu ! Avez-vous déjà lu des livres de chez Dalva ? Si oui, lesquels et qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à me laisser un commentaire, et surtout…

Bouquinement vôtre, Jade

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