
Résumé :
– Rien ne vaut une histoire, voilà ce qu’il dit. Et il a raison. Parce qu’une histoire est comme de la lumière qui s’infiltre au plus profond des gens. Là où rien d’autre ni personne ne pourra jamais entrer. Une histoire qui se glisse partout.
XVIIIème siècle, au cœur du pays Pagan en Bretagne. Un destin tout tracé attend Lison et son frère Eliaz : elle sera couturière à Brest, lui sera marin. Mais dans ce monde d’hommes pour les hommes, Lison ne peut s’y résoudre, sa vie, à elle aussi, sera une aventure ! Passagère clandestine, exploratrice, survivante, amoureuse, Lison va forger sa propre légende jusqu’aux confins de l’océan Indien…
Courir le Vaste Monde est un roman d’aventure destiné aux adolescents (mais les plus vieux peuvent le lire) appartenant à la collection doado des éditions Le Rouergue. Le livre avait par ailleurs été sélectionné parmi les « Pépites » du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse (SLPJ) en novembre dernier.
Disclaimer : blablabla, blablabla, blablabla (personne ne le lit de toute façon)
Je ne pensais pas qu’un livre allait me faire reprendre les chroniques. Enfin, une chronique. Ne nous emballons pas de ce regain d’envie qui disparaîtra comme il est venu alors que je tente de me convaincre que l’assiduité de mon année à rédiger de nouveau des avis ne sera pas submergée par ma totale inappétence à reproduire un schéma dactylographique épuisant. L’exercice de la chronique reste cependant pertinent dans un esprit où l’orthographe s’efface peu à peu et la grammaire s’effile comme des vieux collants usagers. Et vous, ça va ? Je disais donc, avant de digresser comme à chaque début d’article fugace, qu’il n’était pas né le roman pour me faire de nouveau prendre la plume (ou plutôt les touches de mon clavier). Pourtant, à la lecture de Courir le Vaste Monde, les yeux pétillent, l’esprit s’agite et chaque citation est notée assidument. Clarté débonnaire, diction maîtrisée, j’engloutis avidement les pages alors que même que l’histoire pourrait passer pour une simple aventure en mer.
« L’oubli n’est pas la mort, réplique mon père. Et réciproquement. J’en suis la preuve. La mort n’est pas l’oubli. Je suis mort, mais ni toi ni mois n’oublions. L’oubli, c’est plutôt comme un grand sommeil. »
Enfin plutôt, l’Océan. L’Océan avec un O, qui appelle au large, dont le remous effleure les orteils et le bruit chatouille les oreilles. C’est cet Océan qui conduit la vie et les envies de Lison, et un peu celles d’Eliaz, son grand-frère. Car l’intrigue est narrée par notre jeune protagoniste, une narratrice interne qui déchire et tache des feuillets pour raconter encore et encore des histoires, son histoire d’avant, les morts, les fantômes, la couture, et puis l’aventure, la grande aventure de sa vie, indissociable de celle de son frère, de son père et de sa mère.
Le livre se découpe en cinq parties, de l’enfance de Lison, son arrivée à Brest et son embarquement à bord de l’Olifant, et ses pérégrinations aquatiques avec ses compagnons passagers clandestins. Une fille dans un bateau ? Ça porte malheur, qu’ils disent. Pourtant, Lison voit l’Océan comme un échappatoire, une manière de retrouver ceux qu’elle a perdu, de s’émanciper mais si les racines de ses origines l’ancrent à la réalité. Alors si la trame en elle-même n’est pas inédite, et que l’action reste maigrelette, ce livre reste un coup de baume dans la figure.
« Deux accidents dans la même journée, et voilà ce que je me dis. Je trébuche et me foule la cheville, je tombe amoureuse et me foule le cœur. »
Parce que l’écriture d’Alex Cousseau est magistrale, complexe sans en faire trop, littérairement parlant extrêmement satisfaisante, d’autant qu’il s’agit d’un livre qui s’adresse initialement aux adolescents. Certaines (beaucoup) d’œuvres adultes ne pourraient se targuer d’avoir une telle qualité scripturale. 400 pages qui se lisent un peu pour l’intérêt de l’histoire (qui se base sur un voyage réel dans les terres australes comme le rappelle l’auteur en annexes), mais pour la maîtrise d’une narration apothéotique.
À lire ou pas ? Oui. Non. Vous faîtes ce que vous voulez mais vous si voulez lire des jolis mots c’est par là.
4/5 est ma note pour ce livre : narration superbe, histoire moins superbe (mais c’était cool quand même).
Le mot de la fin : bisous et à bientôt pour des nouvelles (ou pas) chroniques !