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Chronique 167 TRS – Mouette par Dimitri Rouchon-Borie

® Le Tripode

Résumé : Un homme se réveille dans l’obscurité, cerné de parois humides et froides. De sa vie et de ce qui l’a mené ici, il ne sait rien. Sur les traces de sa mémoire, il explore les entrailles de l’immense labyrinthe souterrain dont il est le prisonnier. Il croisera le chemin de trois hommes réunis malgré eux, coopérant dans une violence latente pour chercher une issue. Jusqu’à ce qu’une femme, Mouette, surgisse et vienne bousculer l’ordre établi, portant avec elle la tendresse et l’espoir.

Mouette est le cinquième roman de Dimitri Rouchon-Borie, publié aux éditions Le Tripode au tout début de l’année 2026.

Disclaimer : je ne comprends plus la nécessité de cette partie de la chronique, mais elle est comme ancrée dans mes doigts qui tapent frénétiquement des sommations d’aller lire le livre, de se le procurer dans une bonne librairie ou sur l’internet international, ou alors pas. C’est vous qui décidez.

Commençons par le commencement. Noir. Vide. Las. Éveil ? Peur. Le protagoniste sans nom, car il devient Homme quand on l’aura nommé, se réveille dans « le Boyau », après « la Chute ». Un souterrain, un liquide chaud qui dégouline sur une cuisse dans l’effroi du soi inconnu. Qui est-il ? Notre narrateur ne le sait pas. Des bribes d’amour, des flous du passé surgissent… mais l’énoncé de son prénom reste une brume impénétrable, une obscurité que la lumière d’un briquet, étrangement trouvé au fond d’une poche ne saurait éclairer.

Sa voix fait comme un courant d’air frais, un printemps à l’air libre. Je n’ai pas entendu quelque chose d’aussi bon depuis la chanson du Boyau. J’ai envie de lui parler de l’harmonie et de la symphonie des choses de la peur aussi, mais je ne sais même pas d’où me viennent ces idées. C’est sans doute juste une fille qui veut sauver sa peau, pas faire la causette avec ma poésie du chaos.

Dimitri Rouchon-Borie ne gamberge pas en frivoles frontispices. Sans introduction, le lecteur se retrouve plongé dans le « Boyau », aux côtés du protagoniste et de ses élucubrations. Les premiers chapitres sont rapides, logorrhéiques, il y a de la panique, du coq à l’âne, une schizophrénie de palabre pour vaincre l’obscurité du nébuleux lieu. Il est « mi-homme mi-lombric » sans identité propre, puis devient Lester, rencontre trois douteux autres spécimens de « mi-homme mi-lombric ». Comme la transhumance des galeries innombrables du Boyau, je me perds dans l’esprit confus du protagoniste pour qui, je l’espère, une issue favorable serait possible. En quand il philosophe sur un passé dont il invente les pièces maîtresses, je devine presque l’issue du roman. Pourtant, je dévore et ne me lasse pas de tourner les 221 pages de Mouette.

Car un jour, une année, nous ne savons pas, la temporalité, le lieu, les identités, chaque chose qui donne un sens à un vécu d’individu n’est que brouillard, je disais car un jour, arrive Mouette. Mouette, c’est l’amour dans le sombre, pochao qui se remplit d’une eau fraîche et limpide, la lueur d’un briquet sans essence que l’on arrive à rallumer, le cocon rassurant dans l’infinité glaçante de ces couloirs de terre. Le rythme des chapitres se calme, la logorrhée s’apaise, et le protagoniste revit presque de cette chaleur humaine.

Le sens, c’est le nôtre. Elle m’a dit, ça s’appelle faire l’amour. Faire l’amour, c’est inviter des étoiles dans les entrailles.

Et puis, le deuxième éveil. De nouveau le noir. Le vide. Des mi-hommes mi-lombrics qui se tapent encore dessus, une schizophrénie de palabre qui revient. L’épanadiplose de l’esprit, l’éternel recommencement du cerveau abimé. Mais Mouette, elle, est toujours ancrée. Merci monsieur Rouchon-Borie pour cette deuxième lecture de vos écrits, dont encore une fois, nous ne ressortons pas indemnes.

À lire ou pas ? Comme à son habitude, la plume organique de Dimitri Rouchon-Borie nous offre une nouvelle œuvre bouleversante, qui saura trouver son public.

4/5 est ma note pour ce livre.

Bouquinement vôtre, Jade

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