
Résumé : En 1345, la Chine est soumise à la cruelle domination mongole. Pour les paysans faméliques des Plaines du Milieu, la grandeur n’existe que dans les contes. Quand la famille de Zhu apprend que Chongba, leur fils, est promis à un fabuleux destin, on peine à imaginer comment s’accomplira ce miracle. En revanche, nul ne s’étonne que la fille des Zhu, fine et débrouillarde, ne se distingue en rien.
Mais lorsqu’une attaque de hors-la-loi les laisse orphelins, c’est le fils qui se laisse mourir de chagrin. Prête à tout pour échapper à sa fin annoncée, la jeune fille endosse l’identité de son frère et devient novice dans un monastère. Poussée par un impérieux désir de survivre, Zhu apprend qu’elle est capable de tout – même du pire – afin de déjouer le sort.
Lorsque son sanctuaire est détruit pour avoir soutenu la rébellion contre les Mongols, Zhu saisit cette chance de s’emparer d’un tout autre avenir : la grandeur abandonnée de son frère…
Celle qui devint le soleil est le premier tome d’une fantasy historique parue en mai 2022 aux éditions Bragelonne, écrite par Shelley Parker-Chan et traduite par Louise Malagoli.
Disclaimer : les chroniques que je publie n’engagent que moi et moi seule. Mon avis y est très probablement subjectif, comme depuis le début, j’y déblatère sans cesse, invente des expressions, bredouille des descriptions etc etc. Dans tous les cas, bonne lecture à vous ! Et puis, le livre est dispo dans toutes les bonnes librairies (et même en format poche, l’inflation entre vous et moi c’est galèèèère).
Ce roman prend source d’un cadeau de Noël familial, par une cousine bien-aimée qui connaît mon penchant exacerbé pour la fantasy, et ce depuis des années (une vingtaine ?). Bien que je sois plutôt attirée par l’heroic fantasy ou bien la high fantasy – voici par ailleurs le lien d’un listing des quelques sous-genre associés à la fantasy – lire une historic fantasy a attisé ma curiosité. Pour être honnête avec vous, je suis nulle en histoire ; mais l’auteure nous offre en début de livre un contexte nécessaire pour les non-historiens de la dynastie des Yuan, une des dynasties de la Chine Impériale du 13ème et du 14ème siècle. Et c’est dans cet univers où s’opposent les rebelles chinois et les khans Mongols de la dynastie Yuan que naît Zhu.

L’histoire prend place initialement quand la fille Zhu a une dizaine d’années. C’est une fillette chétive mais maligne, qui, au milieu de la famine et de la couardise (rappelons qu’être une fille à cette époque, c’est être moins bien traitée que les insectes), arrive à survivre de manière presque pérenne au règne insignifiant de son frère Chongba, héritier de trois maigres portions de courgette. Lui qui est un homme et qui meurt au début du livre, est au moins nommé. La fille Zhu reste la fille Zhu, sans prénom attribué. De toute façon, son destin est le vide, et la mort de sa seule famille en conclut sa triste existence. Car elle décide, afin de survivre, de prendre l’identité de ce frère imbécile, qui était pourvu lui à faire de grandes choses, selon un vieil oncle au troisième œil.
Le périple de la fille Zhu, ou bien de notre protagoniste dont le genre ne cesse d’être questionné nous est conté par un narrateur omniscient qui comporte ses avantages et ses inconvénients. S’il devine les pensées de tous les figurants entourant notre personnage principal, l’étau de l’esprit de Zhu reste un mur sur lequel on abat sans relâche une maille mais qui se refuse à céder. J’ai pu me sentir infiniment éloignée de ce moine, puis de ce guerrier, mais est-ce là une volonté à peine cachée de l’auteure de rendre ce Zhu inaccessible ? Comme il ou elle défie le Ciel avec ce changement d’identité, qu’il veut cacher ses pensées afin que sa couverture ne soit pas démasquée ? C’est une sensation étrange que de se sentir aussi lointain de ce héros, cette héroïne pour qui pourtant l’histoire est découpée au fuseau.
Pourtant, entre les aventures, les sanctuaires brûlés, le commandement des troupes, l’amour même – ou peut être de l’affection ? car qui sait si ce jeune individu est capable d’aimer alors qu’il ne sait pas qui il est lui-même – la façade de Zhu craquèle. J’ai particulièrement aimé sa relation avec Ma, une jeune femme promise à un des commandants des rebelles chinois, et Ouyang, ce capitaine des khans du prince de Yuhan, qui arbore une complexité certaine et dont le relationnel et la liaison certaine entre ces deux antagonistes pourrait, à mon sens, être encore plus détaillée. Mais l’histoire se suit d’un second tome, qui approfondit peut-être la relation de ces deux personnages.
Au final, ce roman de fantasy historique est réussi, avec une recherche certaine du contexte, un attrait particulier de chacun des personnages, et surtout une intrigue particulière qui fait que le lecteur s’accroche tant qu’il peut aux évènements. L’auteure fait en sorte de rendre Zhu aussi insondable que possible : un jour on se l’imagine philanthrope, puis guerrier, on se demande que lui dicte sa conscience, il semble aimer, mais est-il capable d’aimer quelqu’un plus que sa destinée ? La fin est une surprise, pour toutes les raisons précédemment mentionnées. Je ne lis plus que très rarement des séries, mais pour cette duologie, je pourrai faire une exception.
À lire ou pas ? Une fantasy historique bien écrite et originale que l’on prend plaisir à lire et que je recommande.
4/5 est ma note pour ce livre.
Bouquinement vôtre, Jade