
Résumé : Cent quarante mille enfants coréens vendus dans le cadre d’un trafic humain géré et financé par l’État. Des dizaine de milliers de « minjungs » traités en paria par la dictature et raflés pour présenter au monde une Corée étincelante l’or des J.O. de Séoul en 1998. Deux immenses scandales dont Gangnam va devoir affronter les séquelles, bien des années plus tard. Pas seulement comme ex-flic et ex-mafieux, mais surtout comme survivant. C’est dire s’il va ajouter à sa férocité d’enquêteur déjà ingérable toute la rage et la détermination d’une victime. Ceux qui ont été complices de ces atrocités humaines n’ont aucune clémence à attendre de lui. Encore une fois, dans un pays qu’il aime, Manook pointe sa plume là où ça fait mal…
Minjung est un polar/thriller coréen écrit par Ian Manook et publié en avril 2026 aux éditions Flammarion.
Disclaimer : SERVICE PRESSE – mon avis reste subjectif – allez l’UBB (désolée aux toulousains du livre)..
민중 (à lire minjoung) – terme hangeul qui qualifie les milliers de personnes raflées pour « laver » la Corée du Sud de ses petites gens avant les J.O. de Séoul, en 1988. C’est Gangnam, un (ex-)inspecteur de la police coréenne qui nous conte l’histoire de ces humains déshumanisés, violentés, esclavagisés, torturés, victimes du trafic humiliant d’une société corrompue jusqu’à la moelle. On est loin des cerisiers, d’un matin calme, de tteokbokki dégoulinants de fromage, de trot singer et autres délicatesses qu’on aime à montrer de la Corée du Sud, pays en plein essor depuis l’avènement occidental des K-divertissements. Dans un second tome (mais il n’est pas nécessaire de lire le premier), Gangnam (de son vrai prénom Lee Minho, homonyme du célèbre acteur – Boys Over Flowers ; The Heirs ; Gangnam 1970 – ou bien d’un danseur chanteur du groupe Stray Kids pour les plus jeunes) qui a lui-même survécu à sa rafle retombe dans un passé douloureux, entre mafia et police corrompue.
Les feuilles mortes mordorent le sous-bois, au pied du panache d’airain des ginkgos, percés des torches écarlates des érables, dans le parfum sucré des arbres à caramel aux frondaisons bigarade. Par endroits, des chênes cuivres disputent au safran des séquoias les reflets obliques du soleil d’automne.
L’ouverture est sublime. D’entrée, la description d’un paysage au vocabulaire soutenu ferait pâlir les contemporains de Ian Manook (aussi connu sous le nom de Patrick Manoukian). Le polar est littérature, et agile de sa plume, l’auteur nous abreuve de métaphores, d’énumérations, d’allitérations et autres figures de style qui disparaissent peu à peu de nos livres actuels, pour plus de « facilité ». Il mêle un rythme rapide à une narration lente, multiplie les intrigues dans l’intrigue, un parallèle troublant – sont-elles liées ? – et la vie d’un anti-héros qui se partage entre les menaces de la pègre, la violence et la cuisson parfaite des anguilles.
Dans ce polar savamment écrit, l’auteur met en exergue toute cette population « oubliée », ces enfants arrachés à leurs parents par la « Fraternité » et vendus/adoptés sous couvert de l’État par nos contemporains occidentaux. Tant d’enfants dont les parents sont encore en vie et qui ignorent tout de leurs origines. Ici, c’est le personnage de Jeannine, une Toulousaine à l’accent presque caricatural qui les représente. À la recherche de ses origines, son périple pour découvrir le pourquoi du comment est le reflet d’un fleuve tumultueux, et illustre le danger réel de l’implication dans ces méandres politico-mafieux.
Gangnam se perd encore quelques instants dan la contemplation du jardin dont l’harmonie immobile enfle son cœur d’un fugace sentiment d’éternité […].
Alors d’enquête en enquête, de ville en ville, de rencontre en rencontre, Gangnam se fait le porte parole des Minjungs, envers et contre tout. Minjung est un polar pan d’histoire, un mélange de fiction qui entoure le réel, un thriller coréen qui fonctionne avec une ribambelle de personnages hauts en couleur comme l’inspectrice Chin-Su et ses tenues bariolées (ce qui n’enlève rien à son professionnalisme), sur fond de vrai scandale politique. Un excellent moment de lecture, pour lequel je remercie Babelio et Flammarion.
4,5/5 est ma note pour ce livre.
Bouquinement vôtre, Jade